L'histoire du château

Le domaine de Valençay a déjà une longue histoire lorsqu’en 1803, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord en fait l’acquisition. Edifié au fil de trois siècles, le château intègre plusieurs styles architecturaux sans que l’harmonie de l’ensemble en pâtisse. Au contraire, c’est un des édifices du Val de Loire les plus prestigieux.

Fractionnée en trois travées par des arcs épais, la voûte en berceau brisé de la salle basse couvre une surface de 49,50 mètres carrés. 

Un passé médiéval peu connu

Des textes attestent l’existence de la seigneurie de Valençay dès le XIIIe siècle, elle relevait alors du comté de Blois. Seule subsiste de cette époque une salle basse médiévale, située sous l’actuelle cour d’honneur, accessible depuis le couloir des cuisines lors de visites guidées.

LES ESTAMPES,
BÂTISSEURS DE VALENÇAY

Alors propriété d’Eudes de Bourgogne, puis de sa descendance, le fief est acquis en 1451 par Robert II d’Estampes et trois de ses frères. Originaire du Berry et anoblie, la puissante famille d’Estampes va jouir jusqu’au XVIIIe siècle d’une très bonne renommée, s’intégrer à la haute noblesse et s’illustrer dans des charges importantes au service de la couronne. Symbole de cette ascension prestigieuse, le château que nous connaissons aujourd’hui a remplacé un manoir féodal. Il a été construit par étapes et grâce à des alliances matrimoniales judicieusement choisies.

Son architecture témoigne de l’évolution qui a progressivement substitué le style Renaissance à celui des châteaux fortifiés du Moyen Âge.

Ces modifications architecturales sont liées aux guerres d’Italie qui s’échelonnent de 1494 à 1559. À cette occasion, les souverains, François Ier en particulier, et les seigneurs qui combattent à leurs côtés vont s’émerveiller de la Renaissance italienne. Née un siècle plus tôt à Florence, puis dans plusieurs autres cités italiennes, cette période se caractérise par la redécouverte de la littérature, de la philosophie, des sciences et des techniques de l’Antiquité grecque et romaine. Elle va rayonner sur l’Europe entière. En matière de construction, le traité rédigé par Vitruve, architecte du Ier siècle avant J.-C., fait référence. Il met en valeur les notions de symétrie, de proportions, de régularité et d’équilibre des motifs.

L’esthétique prend le pas sur les éléments défensifs des anciens châteaux.

C’est probablement au cours des années suivant le mariage de Louis d’Estampes, petit-fils de Robert II, avec Marie Hurault, fille du riche Jacques Hurault, intendant des finances de Louis XII, que les travaux de construction du nouveau château commencent. Le couple fait tout d’abord édifier la tour nord-ouest dont la construction s’achève vers 1519, au moment où l’on pose la première pierre du château de Chambord. Cette tour est dotée d’un dôme à l’impérial, forme alors peu répandue.

Les mâchicoulis de la partie haute, qui rappellent encore l’architecture médiévale, ont été ornés de coquilles Saint-Jacques, motifs « modernes » présents également à Chambord et à Blois.

La tour est en outre flanquée d’un corps de logis doté de deux galeries superposées d’arcades ouvertes suivant le même principe qu’au château de Blois. Ce bâtiment occupait la moitié de la longueur de l’actuelle aile ouest.

Jean d’Estampes, petit-fils de Louis, relance les travaux à la fin du XVIe siècle, à la suite de son mariage en 1578 avec Sarah d’Happlaincourt, héritière d’une prestigieuse famille picarde. Il fit construire le remarquable pavillon d’entrée, donjon carré flanqué de tourelles cylindriques du côté de l’entrée, de poivrières du côté de la cour ; il est percé d’un passage cocher et d’une porte piétonne.

Sa forme rappelle celle des donjons caractéristiques de l’architecture médiévale, mais ce bâtiment n’a aucune fonction défensive. Sa monumentalité et son esthétique mettent le prestige des propriétaires en valeur. Chaque console porte un masque différent prolongé par un feuillage particulier. Le pavillon était autrefois orné des armes des cousins de la châtelaine, Sarah d’Happlaincourt, valorisant les alliances de la famille d’Estampes. Buchées sous la Révolution, elles ont ici été remplacées par celles des Talleyrand-Périgord.

Achevée vers 1601-1604, elle donne sur la cour d’Honneur par des arcades en anse de panier rappelant le style Renaissance. 

Jean fait ensuite bâtir les deux ailes qui flanquent le pavillon.

La conformité à l’architecture romaine s’affirme avec les chapiteaux des pilastres (colonnes intégrées à la façade) : ordre dorique au rez-de-chaussée, ordre ionique au premier niveau et ordre corinthien au second niveau.

C’est sous les règnes de Louis III et Louis XIV que la famille d’Estampes atteint son apogée avec l’attribution du titre marquis de Valençay à Jacques II, puis à son fils, Dominique. La famille bénéficie d’une situation particulièrement favorable à la cour et Dominique réalise une alliance prestigieuse en épousant Marie-Louise de Montmorency. Grâce à lui, les bâtiments entourant la cour d’Honneur sont achevés : doublement en longueur de l’aile ouest, construction d’une aile symétrique à l’est, fermeture au sud de la cour par un mur d’arcades ajourées. Le château est alors tel qu’il figure sur la gravure de la collection Gaignières.

Vue du Château par Roger de Gaignières, 1705. Paris, Bibliothèque Nationale de France, département des Estampes.

VALENÇAY À L’ÂGE CLASSIQUE
SOUS LES VILLEMORIEN

Conséquences de conflits de succession dans la famille d’Estampes au début du XVIIIe siècle, le château est revendu plusieurs fois avant de devenir, en 1766, la propriété du fermier général Philippe-Charles de Villemorien qui acquiert aussi les seigneuries voisines de Veuil et Lucay-le-Mâle. L’embellissement du château et du domaine lui coûtera deux millions de livres.

Tandis que l’aile est et le mur d’arcades sont détruits pour dégager la vue, une tour semblable à la tour nord-ouest est édifiée au sud du corps de logis. La façade sur cour est refaite dans le goût du temps sur les plans de l’architecte Joseph-Abel Couture et le bâtiment est nouvellement doté d’un comble brisé à la Mansart.

La façade, reconstruite à l’âge classique, présente des pilastres cannelés sur toute sa hauteur, des chapiteaux ioniques et un comble brisé.

UNE TERRE PRINCIÈRE
POUR LES PRINCES PRISONNIERS DE NAPOLÉON

Acquis par Talleyrand en 1803, à la demande et avec l’aide financière de Bonaparte, selon ce qu’en rapportera plus tard la duchesse de Dino, le domaine de 12 000 hectares comprend alors les châteaux de Valençay, Luçay et Veuil.

Talleyrand se rend assez peu souvent dans son domaine de Valencay après son acquisition car l’Empereur l’accapare et l’emmène dans ses expéditions européennes. Il y entreprend néanmoins sa restauration, fait bâtir des communs, aménage des jardins, un parc, un potager et un même un petit théâtre en 1819. Dans la période houleuse de la guerre d’Espagne, qu’il a désapprouvée après l’avoir conseillée, Talleyrand retourne sur ses terres, toujours sur ordre de l’Empereur, pour y accueillir les princes d’Espagne, en tant que geôlier ! Il s’exécutera en rédigeant pour leur séjour, un règlement minutieux qui atteste d’une parfaite connaissance de l’étiquette. Il se souciera de leur confort et distractions, tout au long de leurs six ans de captivité, alors qu’il est absent et ne ressent aucune affinité avec eux.